Il est 19 h, le lac des Settons vire au gris-bleu, et je suis assis sur un pliant devant une tente deux places que j'ai montée seul. Un couple à côté de moi se dispute gentiment sur la façon de plier un pare-vent. Moi, je bois une bière tiède en écoutant le vent dans les sapins, et je me dis que c'est probablement la meilleure décision de l'année. Partir en vacances solo en camping dans le Morvan, ce n'est pas une version au rabais des vacances en famille. C'est autre chose. Un truc plus lent, plus silencieux, où le rapport aux autres se joue différemment.
Ce qui m'a décidé, très concrètement : un emplacement tente pour une personne dans un camping municipal du Morvan m'a coûté, lors de mon dernier séjour en juin, aux alentours de 11 € la nuit. Pas de supplément « personne seule » dans la plupart des campings du parc. Comparez avec un hôtel en Bourgogne en haute saison et vous comprendrez pourquoi j'ai ressorti la tente.
Points clés à retenir
- Un emplacement tente pour une personne coûte souvent entre 8 et 15 € la nuit hors saison dans le Morvan ; comptez davantage en juillet-août et dans les campings avec piscine.
- Les campings municipaux sont souvent la meilleure option solo : tarifs bas, ambiance simple, gérants qui connaissent les sentiers.
- Sans voiture, c'est possible mais exige de l'anticipation : le Morvan est rural, les bus sont rares, le vélo devient votre meilleur allié.
- Privilégiez juin et septembre : moins de monde, eau encore correcte, tarifs plus doux.
- Le bivouac sauvage n'est pas le camping : une nuit, discret, remballé au matin. Le camping, lui, se pratique dans les structures prévues pour ça.
Pourquoi le Morvan est un bon terrain pour un premier séjour solo en camping
Le Morvan, c'est un massif granitique au cœur de la Bourgogne, classé en Parc naturel régional. Des forêts, des lacs, des vaches charolaises qui vous regardent passer d'un air blasé. Ce n'est pas les Alpes. Pas de falaise vertigineuse, pas de refuge à 3 000 m. Et c'est précisément pour ça que c'est un bon point de départ quand on part seul.
Le terrain est doux, les distances raisonnables, les villages traversés ont une épicerie et une fontaine. On n'est jamais vraiment loin de tout. Quand vous campez seul pour la première fois et que la nuit tombe à 22 h, ce détail compte plus que vous ne l'imaginez.
Les lacs comme point d'ancrage
Trois lacs structurent le Morvan, et chacun a sa personnalité. Le lac des Settons, le plus fréquenté, avec ses bases nautiques et son camping assez grand (et assez bruyant en août). Le lac de Pannecière, plus sauvage, avec la forêt autour qui descend jusqu'à l'eau. Et le lac de Saint-Agnan, plus intime, idéal pour la baignade tranquille.
Mon préféré reste Pannecière. J'y ai passé deux nuits en septembre, seule agitation : un héron qui pêchait à 20 mètres de ma tente au petit matin. Le camping à proximité était à moitié vide, et le gérant m'a prêté une carte des sentiers en papier, annotée à la main. Ce genre de détail ne se trouve pas sur un site de réservation.
Camping municipal ou établissement plus étoilé : que choisir quand on voyage seul ?
Les campings municipaux du Morvan sont souvent gérés par la commune, avec des installations simples : sanitaires corrects, un peu de terrain, parfois une piscine modeste. Les tarifs y sont bas, et surtout, on y croise des habitués. Quand j'arrive seul dans un camping municipal, je parle toujours au gérant. En général, il connaît le marchand de pain, le chemin qui évite la route, et le café où l'on peut s'asseoir sans qu'on vous regarde de travers parce qu'on est un peu seul.
Les campings plus étoilés, avec parc aquatique ou cinq étoiles, ne sont pas légion dans le Morvan, mais il en existe quelques-uns autour des Settons et vers Saint-Honoré-les-Bains. Le confort est là, la piscine aussi. Mais en solo, je trouve que l'on paie cher des équipements pensés pour les familles. Franchement, un toboggan aquatique quand on campe seul, ça n'apporte pas grand-chose.
| Type de camping | Ce qu'on y gagne | Ce qu'on y perd | Pour qui |
|---|---|---|---|
| Municipal | Prix bas, ambiance simple, conseils locaux | Équipements limités, parfois vétustes | Voyageur solo qui cherche du contact et du calme |
| Camping avec piscine | Confort, baignade sur place, animations | Tarifs plus élevés, ambiance familiale parfois envahissante | Ceux qui veulent un confort sans chercher les lacs |
| Camping nature / petite structure | Calme, espace, souvent ouvert hors saison | Moins de services, tout dépend de la voiture | Solo autonome, randonneur, cycliste |
Comment rejoindre le Morvan quand on n'a pas de voiture
Là, il faut être honnête : le Morvan sans véhicule, c'est un sport d'anticipation. La gare la plus pratique est celle de Nevers ou de Dijon, puis il faut continuer. Les lignes de bus desservent les bourgs principaux, mais avec des fréquences qui font sourire quand on vient de la ville : deux ou trois passages par jour, parfois moins le dimanche. Un détail qui a failli me coûter une nuit dehors, un dimanche justement, quand j'ai découvert que le bus de 18 h ne circulait pas en période scolaire.
Le vélo, en revanche, change tout. Le Morvan est vallonné, mais les petites routes départementales sont souvent désertes, et les sentiers bien balisés. Beaucoup de campings acceptent les cyclistes arrivant à vélo, parfois avec un tarif réduit pour les randonneurs et les cyclotouristes. Renseignez-vous à l'avance par téléphone : c'est la seule façon fiable de savoir.
Faut-il vraiment une voiture pour camper dans le Morvan ?
Non, mais cela vous enferme dans un périmètre plus restreint. Sans voiture, mieux vaut choisir un camping proche d'un village avec épicerie et arrêt de bus, et rayonner à pied ou à vélo autour du lac. Pour un séjour de trois ou quatre nuits, c'est très jouable. Pour deux semaines, vous risquez de tourner en rond. La voiture reste plus souple, je ne vais pas prétendre le contraire.
Sécurité et vie quotidienne : ce que personne ne vous dit
La question que l'on me pose le plus souvent, c'est : « mais tu n'as pas peur, seule sous une tente ? ». La réponse honnête : pas dans un camping. Le Morvan n'est pas une zone de non-droit, et les campings sont des lieux où l'on se surveille mutuellement sans se connaître. Ce qui m'a demandé une vraie adaptation, en revanche, c'est l'organisation.
Quand on est deux, l'un monte la tente pendant que l'autre va chercher de l'eau. Seul, tout prend plus de temps. Et quand il pleut et que vous devez à la fois déplier la tente, protéger le duvet et trouver où mettre le sac, vous maudissez un peu votre propre choix. J'ai appris à monter la tente avant la pluie, à ranger le réchaud à un endroit accessible, et à ne jamais partir en randonnée sans avoir vérifié que le matériel était à l'abri.
Quelques habitudes qui changent tout
- Prévenir le gérant du camping de votre retour prévu, surtout si vous partez marcher tard.
- Garder le téléphone chargé : une batterie externe vaut mieux qu'un long discours.
- Ne pas hésiter à demander de l'aide. Les campeurs sont souvent plus serviables que ce que l'on croit.
- Avoir une lampe frontale, pas juste le flash du téléphone. C'est bête, mais ça change les soirées.
Le soir, c'est le moment qui surprend. Le silence, d'abord. Puis les bruits : un renard, un voisin qui ferme une portière, le lac qui clapote. On s'habitue vite. On commence même à aimer ça.
Quand partir, et combien de temps rester
Juillet et août sont les mois à éviter si l'on cherche le calme. Les campings des Settons affichent complet, les lacs sont envahis de paddles, et les tarifs grimpent. Juin et septembre offrent un compromis idéal : l'eau reste baignable, les campings sont à moitié vides, et l'ambiance est plus détendue. J'ai fait les deux, et septembre gagne haut la main.
Pour la durée, trois à cinq nuits suffisent pour un premier séjour solo. Au-delà, il faut vraiment aimer la solitude ou avoir prévu de la marche. Une semaine entière seule sous une tente peut être éprouvante, même pour quelqu'un qui a l'habitude. J'ai tenu quatre nuits la première fois, et je suis rentré avec l'impression d'avoir vécu un mois.
Et le bivouac dans tout ça ?
Le bivouac, ce n'est pas du camping sauvage. C'est une nuit, discrète, remballée au matin, en dehors des zones protégées ou réglementées. Dans le Parc naturel régional du Morvan, certains secteurs sont concernés par des règles spécifiques, notamment dans les réserves naturelles. Le camping, en revanche, se pratique dans les structures prévues. Si vous voulez bivouaquer, renseignez-vous auprès du parc avant de partir, et laissez ce qui doit rester intact intact.
Ce que je retiens de ces séjours
Partir seul en camping dans le Morvan, c'est accepter de ralentir. De mettre vingt minutes à monter une tente qui en prendrait cinq à deux. De parler à des inconnus parce qu'il n'y a personne d'autre à qui parler. De regarder le lac sans rien faire, ce qui, avouons-le, est devenu rare.
Ce n'est pas une formule de brochure. C'est une expérience concrète, avec des moments de doute, des matins un peu gris, et une fierté un peu enfantine quand on réussit à faire cuire des pâtes sur un réchaud par vent de travers. Si vous hésitez encore, commencez par trois nuits. Un camping municipal, un lac, un vélo. Le reste, vous verrez bien.
Et la question qui reste, à la fin : est-ce qu'on ne devrait pas tous s'offrir un peu plus souvent cette forme de solitude choisie ?

